En bref

  • Un ordre garantit soit le prix, soit l'exécution, jamais les deux à la fois : c'est l'arbitrage de départ.
  • L'ordre au marché privilégie l'exécution et accepte n'importe quel prix ; l'ordre à cours limité fixe un prix et accepte de ne pas passer.
  • L'ordre à seuil de déclenchement se transforme en ordre au marché une fois le seuil franchi : il ne protège pas contre un écart de cours.
  • Sur une valeur peu échangée, un ordre au marché peut s'exécuter très loin du dernier cours affiché.
  • Un ordre porte aussi une durée de validité : à la journée, à date déterminée, ou à révocation selon les courtiers.

Un ordre de bourse garantit soit le prix, soit l’exécution, jamais les deux. L’ordre au marché passe à coup sûr mais à un prix inconnu ; l’ordre à cours limité fixe le prix mais peut ne jamais s’exécuter. Tout le reste découle de cet arbitrage, y compris les ordres à seuil, qui protègent moins qu’on ne le croit.

Le mécanisme derrière tous les ordres

Avant les types d’ordres, il faut comprendre où ils arrivent : dans un carnet d’ordres, la liste des intentions d’achat et de vente en attente sur une valeur.

Le carnet affiche, de chaque côté, les prix et les quantités. À l’achat, la meilleure intention est le prix le plus élevé qu’un acheteur accepte de payer. À la vente, c’est le prix le plus bas qu’un vendeur accepte. L’écart entre les deux s’appelle la fourchette.

Une transaction se produit quand un ordre entrant accepte le prix de l’autre côté du carnet. Il n’y a pas de « cours du jour » auquel on achèterait : il n’y a que des contreparties, à des prix et pour des quantités déterminées.

Deux conséquences pratiques en découlent. La première, c’est que la profondeur du carnet limite ce que vous pouvez exécuter à un prix donné. La seconde, c’est que sur une valeur peu échangée, la fourchette peut être large et le carnet quasi vide — situation dans laquelle un ordre mal choisi coûte cher.

L’ordre au marché : l’exécution avant tout

Aussi appelé ordre à tout prix, il ne comporte aucune indication de prix. Il est envoyé au marché et consomme le carnet jusqu’à ce que la quantité demandée soit servie.

Ce qu’il garantit : l’exécution, dès lors que des contreparties existent. Et il s’exécute pour la totalité de la quantité, en balayant plusieurs niveaux de prix si nécessaire.

Ce qu’il ne garantit pas : le prix. Sur une valeur très échangée, l’écart avec le dernier cours affiché est négligeable. Sur une valeur peu échangée, le résultat peut surprendre : si le carnet ne contient que quelques titres au meilleur prix, votre ordre remonte les niveaux suivants et paie de plus en plus cher.

C’est le type d’ordre le plus dangereux hors des grandes valeurs, et paradoxalement celui que les interfaces proposent par défaut. Le réflexe utile est de regarder le carnet avant de l’utiliser : s’il est mince, choisissez autre chose.

L’ordre à cours limité : le prix avant tout

Vous fixez un prix maximum à l’achat, ou minimum à la vente. L’ordre ne s’exécutera jamais au-delà.

Ce qu’il garantit : le prix. Vous ne paierez pas plus, vous ne vendrez pas moins.

Ce qu’il ne garantit pas : l’exécution, ni son intégralité. Si le marché n’atteint pas votre limite, rien ne se passe. Si la quantité disponible à votre prix est inférieure à votre demande, l’ordre est partiellement exécuté et le solde reste en carnet.

C’est l’ordre à privilégier dans la grande majorité des situations pour un investisseur particulier. Il rend le coût de la transaction prévisible, ce qui compte d’autant plus que les frais de courtage s’ajoutent par-dessus.

Une variante existe, l’ordre à la meilleure limite. Il est transmis sans prix et prend la meilleure limite disponible en carnet au moment où il arrive, en devenant un ordre à cours limité à ce prix pour le solde non exécuté. Il combine une exécution rapide et une protection contre le balayage du carnet, sans garantir la quantité.

L’ordre à seuil de déclenchement : ce qu’il protège mal

Souvent appelé ordre stop, il reste inactif jusqu’à ce que le cours atteigne un seuil que vous avez fixé. À ce moment, il devient un ordre au marché.

Son usage classique est la protection : vous détenez un titre acheté à 100, vous placez un seuil de vente à 90 pour borner la perte.

Le point que la plupart des utilisateurs découvrent trop tard tient à cette transformation en ordre au marché. Le seuil est un déclencheur, pas un prix d’exécution. Si le titre passe de 92 à 84 sans transaction intermédiaire, votre ordre se déclenche et s’exécute à 84, pas à 90.

Deux situations produisent exactement cela :

La réouverture en écart. Une annonce publiée hors séance fait ouvrir le titre plusieurs pour cent sous la clôture de la veille. Le seuil est franchi à l’ouverture, l’exécution se fait au cours d’ouverture.

Le mouvement brutal en séance. Sur une valeur peu liquide, quelques ordres suffisent à traverser plusieurs niveaux de prix en une fois.

L’ordre à plage de déclenchement répond à ce problème : il combine un seuil et une limite. Une fois le seuil franchi, l’ordre devient un ordre à cours limité, et il ne s’exécute pas en dessous de la limite fixée. La contrepartie est directe : dans une chute rapide, il peut ne pas s’exécuter du tout et vous laisser avec le titre. On échange un risque de prix contre un risque d’exécution.

Certains courtiers proposent enfin un seuil suiveur, qui se réajuste automatiquement quand le cours monte, en conservant un écart fixe ou proportionnel. C’est un outil de gestion, pas une garantie : il hérite exactement des mêmes limites que l’ordre à seuil dont il dérive.

Le tableau des comportements

Type d’ordrePrix garantiExécution garantieRisque principal
Au marchénonoui, si contrepartieprix très éloigné sur valeur peu liquide
À cours limitéouinonordre non exécuté ou partiel
À la meilleure limitenon à l’arrivéenon pour le soldequantité partielle
À seuil de déclenchementnonoui après déclenchementexécution loin sous le seuil
À plage de déclenchementoui, dans la plagenonnon-exécution en cas de chute rapide

Lu de haut en bas, ce tableau dit une seule chose : chaque ligne échange un risque contre l’autre. Aucun type d’ordre n’élimine les deux.

Les paramètres qu’on oublie de régler

La durée de validité. Un ordre à la journée expire à la clôture. Un ordre à date déterminée court jusqu’à la date choisie. Un ordre à révocation reste actif jusqu’à une échéance fixée par le courtier — fin de mois ou durée en jours selon les établissements. Un ordre oublié qui s’exécute plusieurs semaines plus tard, dans un contexte qui a changé, est une mauvaise surprise fréquente.

La quantité minimale, quand le courtier la propose. Elle évite les exécutions par fragments, chacune pouvant générer des frais.

Les phases de séance. Sur un marché réglementé européen comme Euronext Paris, la séance commence par une phase d’accumulation d’ordres sans transaction, qui se dénoue par une fixation du cours d’ouverture. La négociation continue occupe ensuite la journée, et une seconde fixation détermine le cours de clôture. Un ordre au marché envoyé pendant une phase de fixation participe à ce calcul, et son prix d’exécution n’est connu qu’à la fin de la phase.

L’éligibilité de l’enveloppe. Tous les titres ne sont pas accessibles depuis toutes les enveloppes, et un ordre sur une valeur non éligible sera rejeté. Les contraintes respectives du plan d’épargne en actions et du compte-titres ordinaire sont comparées dans compte-titres ou PEA, et les titres admis dans le premier sont détaillés dans PEA : plafond et fiscalité.

Ce que le choix d’un ordre ne fait pas

Une mise au point nécessaire, parce que la matière attire les promesses.

Un type d’ordre est un outil d’exécution. Il détermine comment votre intention rencontre le marché, à quel prix et avec quelle certitude. Il ne dit rien de la pertinence de l’opération, et aucun réglage d’ordre ne transforme une mauvaise décision en bonne.

Il ne supprime pas non plus le risque de perte. Un ordre à seuil limite l’exposition dans des conditions de marché ordinaires ; il ne fonctionne pas comme une assurance, et il ne protège pas d’un écart de cours.

Enfin, méfiez-vous des présentations qui font de la maîtrise des types d’ordres une méthode de gain. C’est l’un des angles d’accroche récurrents des offres frauduleuses, dont les signaux constants sont décrits dans repérer une arnaque à l’investissement.

Ce qu’il faut retenir

Regardez le carnet avant de choisir. Sur une valeur très échangée, l’ordre au marché est sans conséquence ; ailleurs, il coûte.

L’ordre à cours limité est le choix par défaut raisonnable pour un particulier, parce qu’il rend le coût prévisible. Et un ordre à seuil est un déclencheur, jamais un prix garanti : c’est la phrase à retenir de tout cet article.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un ordre au marché et un ordre à cours limité ?

L'ordre au marché cherche l'exécution immédiate et accepte le prix disponible dans le carnet, quel qu'il soit. L'ordre à cours limité fixe un prix maximum à l'achat ou minimum à la vente : il ne s'exécutera pas au-delà, au risque de ne pas s'exécuter du tout. Le premier garantit le passage, le second le prix.

Un ordre à seuil de déclenchement protège-t-il vraiment mes gains ?

Partiellement. Une fois le seuil atteint, l'ordre devient un ordre au marché et s'exécute au prix disponible, qui peut être nettement inférieur au seuil en cas de forte baisse ou de réouverture en écart. Pour borner ce risque, l'ordre à plage de déclenchement ajoute une limite, mais il peut alors ne pas s'exécuter du tout.

Pourquoi mon ordre n'a-t-il été exécuté que partiellement ?

Parce que la quantité disponible dans le carnet au prix retenu était inférieure à votre quantité demandée. Le solde reste en attente au même prix jusqu'à l'échéance de validité de l'ordre. Ce cas est fréquent sur les valeurs peu échangées et sur les ordres de taille importante.

Que se passe-t-il si je passe un ordre en dehors des heures de cotation ?

Il est enregistré par votre courtier et transmis au marché, où il participe à la phase de fixation du cours d'ouverture de la séance suivante. Il ne s'exécute donc pas immédiatement, et le prix d'ouverture peut différer sensiblement du dernier cours de la veille.

Sources et méthode

  • Fonctionnement des carnets d'ordres et des phases de négociation sur les marchés réglementés européens
  • Typologie des ordres de bourse proposée par les intermédiaires financiers et effets sur l'exécution