En bref

  • L'impôt se déclenche à la sortie vers une monnaie ayant cours légal ou à l'achat d'un bien, pas lors d'un échange entre deux actifs numériques : ces échanges bénéficient d'un sursis d'imposition.
  • Le régime par défaut du particulier est le prélèvement forfaitaire unique à 30 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec une option possible pour le barème progressif.
  • En dessous de 305 € de cessions cumulées dans l'année, la plus-value est exonérée — le seuil porte sur le total encaissé, pas sur le gain.
  • La plus-value ne se calcule pas ligne par ligne : la formule officielle rapporte le prix total d'acquisition à la valeur globale du portefeuille au jour de la cession.
  • Un compte ouvert sur une plateforme établie hors de France se déclare chaque année, même s'il est vide et même si aucune vente n'a eu lieu.

Trois questions reviennent toujours, et la réponse tient en une phrase chacune. Vendre contre des euros déclenche l’impôt ; échanger deux cryptomonnaies entre elles ne le déclenche pas ; et le régime par défaut est le prélèvement forfaitaire unique à 30 %. Le reste est une affaire de calcul et de formulaires, mais ces trois règles commandent tout.

Le fait générateur : ce qui déclenche l’impôt, et ce qui ne le déclenche pas

C’est le point que la plupart des contribuables comprennent à l’envers.

Déclenchent l’imposition :

  • la vente d’un actif numérique contre une monnaie ayant cours légal — euros, dollars, peu importe ;
  • l’achat d’un bien ou d’un service payé directement en actifs numériques.

Ne déclenchent rien :

  • l’échange d’un actif numérique contre un autre, quel qu’en soit le montant ;
  • le simple fait de détenir, de transférer entre ses propres portefeuilles, ou de voir la valeur monter.

Ce mécanisme s’appelle le sursis d’imposition. Un portefeuille qui a tourné cent fois entre différents jetons sans jamais ressortir en euros n’a généré aucune plus-value imposable. Mais rien n’est effacé : le prix d’acquisition d’origine reste attaché au portefeuille et ressortira au premier retrait.

La conséquence pratique est qu’il faut conserver l’historique complet depuis le premier achat, y compris celui des plateformes fermées entre-temps. C’est l’erreur la plus coûteuse du dossier : sans prix d’acquisition documenté, l’administration peut retenir une valeur d’acquisition nulle, et la totalité du prix de vente devient imposable.

Le calcul, qui n’est pas celui qu’on croit

La plus-value ne se calcule pas opération par opération, comme sur un compte-titres. La formule légale rapporte la cession à l’ensemble du portefeuille :

Plus-value = Prix de cession − (Prix total d’acquisition × Prix de cession ÷ Valeur globale du portefeuille au jour de la cession)

Un exemple chiffré vaut mieux qu’un paragraphe.

Vous avez investi 6 000 € au total, en plusieurs achats étalés. Au jour de la vente, l’ensemble de vos actifs numériques vaut 15 000 €. Vous retirez 3 000 €.

ÉtapeCalculRésultat
Part du portefeuille cédée3 000 ÷ 15 00020 %
Prix d’acquisition imputable6 000 × 20 %1 200 €
Plus-value imposable3 000 − 1 2001 800 €
Impôt au taux forfaitaire1 800 × 30 %540 €

Après cette vente, le prix total d’acquisition restant à imputer descend à 4 800 €, et c’est ce montant qui servira à la cession suivante. La valeur globale du portefeuille doit être relevée au jour de chaque cession : c’est la donnée la plus fastidieuse à reconstituer a posteriori, et celle qu’aucun relevé de plateforme ne fournit spontanément.

Le taux, et l’option pour le barème

Le régime par défaut est le prélèvement forfaitaire unique, la même mécanique que pour la flat tax à 30 % sur les revenus du capital : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

Une option existe pour le barème progressif. Elle s’exerce au moment de la déclaration, elle est globale et irrévocable pour l’année. Elle n’a d’intérêt que dans un cas de figure : un foyer dont le taux marginal d’imposition est nul ou à 11 %, puisque les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus dans tous les cas. Au-delà, le forfait à 12,8 % est plus favorable que le barème.

Attention à un point souvent négligé : le calcul se fait sur le résultat net annuel. Les moins-values de l’année s’imputent sur les plus-values de l’année, mais elles ne se reportent pas sur les années suivantes — contrairement aux moins-values sur titres, qui se reportent dix ans.

La déclaration, formulaire par formulaire

Trois documents, dans cet ordre.

  1. Le formulaire 2086 détaille chaque cession de l’année : date, prix de cession, valeur globale du portefeuille, prix total d’acquisition. Il calcule la plus-value ou la moins-value de chaque opération et en fait la somme.
  2. La déclaration 2042 C reprend ce résultat net, dans la rubrique des plus-values sur actifs numériques.
  3. Le formulaire 3916-bis déclare les comptes d’actifs numériques ouverts, détenus ou clos à l’étranger dans l’année — un formulaire par compte.

Ce dernier point mérite d’être souligné, parce qu’il est indépendant de toute plus-value. Un compte ouvert sur une plateforme établie hors de France se déclare même s’il est vide, même s’il n’a servi à rien, même si vous n’avez jamais vendu. Le défaut de déclaration est sanctionné par une amende forfaitaire par compte et par année, portée au double lorsque la valeur des comptes dépasse un certain seuil en cours d’année. La logique est exactement celle qui s’applique aux comptes bancaires détenus à l’étranger.

Le critère est le lieu d’établissement de la plateforme, pas votre lieu de résidence ni la devise utilisée. Un portefeuille non hébergé, dont vous seul détenez la clé, n’est pas un compte : il n’entre pas dans cette obligation.

Les cas qui sortent du régime du particulier

Le régime décrit ci-dessus vise la gestion de son propre patrimoine. Trois situations en sortent, et elles relèvent alors des bénéfices non commerciaux, avec un tout autre calcul.

  • L’activité de cession habituelle, exercée dans des conditions analogues à celles d’un professionnel : fréquence des opérations, outils employés, moyens engagés. Le critère n’est pas un nombre de transactions publié à l’avance, mais un faisceau d’indices.
  • Le minage, dont les produits sont imposés dès leur perception, à la valeur du jour.
  • Les revenus tirés de l’immobilisation d’actifs — intérêts de prêt, rémunérations de validation — qui sont des revenus et non des plus-values de cession.

Sur ces trois cas, et plus encore sur les distributions gratuites de jetons dont le traitement reste discuté, l’écart entre les interprétations est réel. Un dossier significatif se sécurise auprès d’un professionnel plutôt que sur un forum.

Les cinq réflexes qui évitent le redressement

  • Exportez vos historiques chaque année, plateforme par plateforme, et archivez-les hors de la plateforme. Un service qui ferme emporte votre preuve de prix d’acquisition.
  • Relevez la valeur globale du portefeuille le jour de chaque cession, pas à la fin de l’année.
  • Ne confondez pas seuil et gain : les 305 € sont un total de cessions encaissées.
  • Déclarez vos comptes étrangers même inactifs, c’est l’omission la plus fréquente et la plus facile à détecter.
  • Gardez la trace des frais de transaction : ils entrent dans le prix d’acquisition et réduisent la plus-value.

Les taux, seuils et références de formulaires cités ici sont ceux applicables aux revenus 2025, déclarés au printemps 2026. La fiscalité des actifs numériques a changé trois fois en six ans : vérifiez-les sur impots.gouv.fr au moment de remplir votre déclaration.

Questions fréquentes

Faut-il déclarer si je n'ai jamais converti en euros ?

Deux obligations différentes se posent. Vous n'avez aucune plus-value à déclarer tant que vous n'êtes pas sorti vers une monnaie ayant cours légal ou que vous n'avez pas acheté un bien ou un service. En revanche, vos comptes ouverts sur des plateformes établies à l'étranger se déclarent chaque année, indépendamment de toute opération.

Un échange bitcoin contre ethereum est-il imposable ?

Non. L'échange entre deux actifs numériques bénéficie d'un sursis d'imposition : l'opération n'est pas imposée au moment où elle a lieu. Elle n'est pas oubliée pour autant, puisque le prix d'acquisition initial est conservé et ressortira dans le calcul lors de la sortie en euros.

Que devient une moins-value sur cryptomonnaies ?

Elle s'impute sur les plus-values de même nature réalisées la même année, ce qui fait que seul le résultat net annuel est imposé. Elle ne se reporte pas sur les années suivantes et ne s'impute pas sur des gains d'une autre nature, comme des plus-values d'actions : c'est la principale différence avec le régime des titres.

Le seuil de 305 € porte-t-il sur le gain ou sur le montant vendu ?

Sur le montant total des cessions de l'année, pas sur le gain. Une vente de 400 € qui n'a dégagé que 20 € de plus-value dépasse le seuil et rend la plus-value imposable. À l'inverse, 250 € de ventes ayant doublé de valeur restent exonérés.

Sources et méthode

  • Régime d'imposition des plus-values de cession d'actifs numériques des particuliers : article 150 VH bis du code général des impôts.
  • Formulaires de déclaration 2086 (détail des cessions), 2042 C (report) et 3916-bis (comptes d'actifs numériques ouverts à l'étranger).
  • Les montants, seuils et taux cités sont ceux applicables aux revenus 2025 déclarés en 2026 : ils se revérifient sur impots.gouv.fr avant toute déclaration.