En bref
- Chaque parent peut donner à chaque enfant en franchise de droits, dans la limite d'un abattement qui se reconstitue tous les quinze ans.
- Un second dispositif, réservé aux dons de sommes d'argent, se cumule avec le premier sous conditions d'âge.
- Un don d'argent ou d'objet peut se faire sans notaire, mais doit être déclaré à l'administration fiscale.
- Une donation immobilière passe obligatoirement par un notaire, sans exception.
Donner de son vivant est fiscalement avantageux, à condition de connaître trois choses : combien, tous les combien, et sous quelle forme. Les deux premières questions relèvent d’abattements dont les montants sont fixés par la loi de finances ; la troisième détermine si vous pouvez vous passer d’un notaire.
Les deux dispositifs qui se cumulent
L’abattement en ligne directe s’applique aux donations d’un parent à un enfant, quel que soit ce qui est donné : argent, titres, biens immobiliers. Il se calcule par parent et par enfant, et se reconstitue tous les quinze ans.
Le calcul par parent a une conséquence que beaucoup ignorent : un couple qui donne à un enfant mobilise deux abattements, un pour chaque parent. Et avec trois enfants, ce sont six abattements distincts.
Le don familial de sommes d’argent est un dispositif distinct, réservé à l’argent — virement, chèque, espèces — et soumis à des conditions d’âge : le donateur doit avoir moins d’un certain âge, le bénéficiaire être majeur ou émancipé.
Ces deux dispositifs se cumulent. Un même parent peut donc, pour une somme d’argent, additionner les deux plafonds.
Les montants exacts figurent sur le site des impôts et évoluent avec les lois de finances. Nous ne les reproduisons pas ici : un chiffre daté est pire qu’une absence de chiffre sur un sujet où l’on engage plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Le délai de quinze ans, et pourquoi il compte
L’abattement se reconstitue au bout de quinze ans, et ce compteur produit deux effets.
Sur les donations suivantes. Une nouvelle donation au même enfant avant l’expiration du délai s’ajoute à la première pour le calcul des droits.
Sur la succession. Au décès, l’administration rapporte les donations consenties dans les quinze années précédentes. Une donation de seize ans est en revanche définitivement sortie du calcul.
C’est ce qui explique la logique de la donation étalée : donner tôt, puis à nouveau après quinze ans, transmet nettement plus qu’un legs unique. Le point de départ du délai est la date de la déclaration, ce qui est une raison suffisante de ne pas la remettre à plus tard.
Avec ou sans notaire
| Ce qui est donné | Notaire | Formalité |
|---|---|---|
| Somme d’argent | non | déclaration fiscale |
| Objet, bijou, véhicule | non | déclaration fiscale |
| Titres, parts sociales | selon les cas | déclaration, parfois acte |
| Bien immobilier | obligatoire | acte notarié et publicité foncière |
| Donation-partage | obligatoire | acte notarié |
Le don d’argent se fait donc par simple virement. Mais il doit être déclaré, au moyen du formulaire prévu, dans le délai imparti après le don. Cette déclaration est gratuite lorsque le don entre dans l’abattement.
Ne pas déclarer est l’erreur la plus coûteuse du sujet : le délai de quinze ans ne commence pas à courir, et la somme peut être rapportée à la succession bien plus tard, avec des droits à la clé.
Le cas de l’immobilier
Une donation portant sur un bien immobilier passe toujours par un notaire. Les frais comprennent les émoluments du notaire, les droits éventuels et les frais de publicité foncière.
Deux montages reviennent souvent, et méritent d’être connus au moins de nom.
La donation en nue-propriété. Le parent conserve l’usufruit — il continue d’habiter le bien ou d’en percevoir les loyers — et ne donne que la nue-propriété. Les droits se calculent sur la seule valeur de la nue-propriété, qui dépend de l’âge de l’usufruitier selon un barème légal. Au décès, l’usufruit s’éteint et l’enfant devient plein propriétaire sans droits supplémentaires.
La donation-partage. Elle répartit les biens entre plusieurs enfants du vivant du parent, et fige les valeurs au jour de l’acte. C’est ce qui la distingue d’une série de donations simples : elle évite les contestations sur l’évolution de valeur des biens entre la donation et le décès.
Ces deux montages ont des conséquences durables. Ils se discutent avec un notaire, qui est le seul à pouvoir les chiffrer sur votre situation.
Ce qu’il faut éviter
Le don non déclaré. Le compteur ne démarre pas, et le risque de requalification demeure.
Le virement sans trace de l’intention. Un virement important sans mention peut être interprété comme un prêt, une avance, voire une rémunération déguisée. Une trace écrite de l’intention de donner évite ces discussions.
Le déséquilibre entre enfants sans précaution. La loi réserve une part aux enfants. Une donation qui l’entame peut être remise en cause à la succession, et cette question se règle au moment de l’acte, pas après.
L’oubli du conjoint survivant. Donner la totalité d’un bien peut priver le conjoint de ressources ou d’un logement. C’est le point le plus souvent négligé dans les donations faites tôt.
Notre position
Cet article décrit des mécanismes, il ne remplace pas un professionnel. Deux situations demandent systématiquement un notaire, et le coût de la consultation est sans commune mesure avec ce qui se joue : dès qu’un bien immobilier est concerné, et dès qu’il y a plusieurs enfants ou une famille recomposée.
Pour un don d’argent simple, entre un parent et un enfant unique, la déclaration au fisc suffit — mais elle n’est pas facultative.
Questions fréquentes
Combien peut-on donner à son enfant sans payer de droits ?
Un abattement en ligne directe s'applique par parent et par enfant, et se reconstitue tous les quinze ans. Un dispositif distinct, réservé aux dons de sommes d'argent, peut s'y ajouter sous conditions d'âge du donateur et du bénéficiaire. Les montants sont fixés par la loi de finances et évoluent : vérifiez-les sur le site des impôts avant de vous engager.
Faut-il un notaire pour donner de l'argent à son enfant ?
Non pour un don de somme d'argent, qui peut se faire par simple virement. En revanche il doit être déclaré à l'administration fiscale, ce qui fait courir le délai de reconstitution de l'abattement. Une donation portant sur un bien immobilier, en revanche, exige obligatoirement un acte notarié.
Que se passe-t-il si on ne déclare pas un don ?
Le délai de quinze ans ne commence pas à courir, ce qui peut coûter cher au moment de la succession ou d'une donation ultérieure. Le don non déclaré peut par ailleurs être requalifié et taxé. La déclaration est gratuite quand le don entre dans l'abattement : s'en dispenser ne fait économiser que le temps du formulaire.
Peut-on donner plus à un enfant qu'à un autre ?
Oui, mais dans la limite de la part réservée aux enfants par la loi. Au-delà, les autres héritiers peuvent demander à la succession un rééquilibrage. Une donation présentée comme une avance sur héritage n'a pas les mêmes effets qu'une donation destinée à avantager durablement : cette distinction se choisit au moment de l'acte, et se discute avec un notaire.
Sources et méthode
- Dispositions du code général des impôts relatives aux abattements en ligne directe et aux dons familiaux de sommes d'argent
- Règles de forme applicables aux donations et aux dons manuels