En bref
- Une moins-value sur valeurs mobilières s'impute uniquement sur des plus-values de même nature, jamais sur le revenu global.
- Le solde non utilisé se reporte pendant dix ans, et les moins-values les plus anciennes s'imputent en premier.
- Une moins-value non portée sur la déclaration de l'année où elle est réalisée est définitivement perdue.
- Dans un PEA, les moins-values ne s'imputent pas au fil de l'eau : elles ne deviennent utilisables qu'à la clôture du plan, et sous conditions.
Une moins-value sur valeurs mobilières ne réduit pas votre impôt sur le revenu. Elle ne s’impute que sur des plus-values de même nature, celles de l’année puis celles des dix années suivantes. Et elle n’existe fiscalement que si elle a été déclarée l’année où la vente a eu lieu : une perte oubliée est une perte définitive.
La règle de base : même nature, jamais le revenu global
Le principe tient en une phrase, et c’est celle que la plupart des particuliers découvrent trop tard. Les gains et les pertes de cession de valeurs mobilières forment une catégorie fermée. Les pertes y restent enfermées.
Concrètement, une perte de 4 000 € sur des actions ne vient pas diminuer un salaire, des revenus fonciers ou des bénéfices. Elle attend une plus-value de même nature pour s’y imputer. Si aucune ne se présente dans les dix ans, elle disparaît.
Cette catégorie couvre les cessions d’actions, d’obligations, de parts d’OPCVM et de titres assimilés, détenus dans un compte-titres ordinaire. Le régime d’imposition de ces gains, généralement le prélèvement forfaitaire unique, est détaillé dans notre page sur la flat tax de 30 %.
L’ordre d’imputation, dans le bon sens
L’imputation ne se fait pas au hasard, et l’ordre a une conséquence directe sur ce que vous conservez.
- Les moins-values de l’année s’imputent d’abord sur les plus-values de la même année.
- Si un solde de moins-values subsiste, il devient reportable dix ans.
- Si au contraire des plus-values subsistent, on impute dessus les moins-values en report des années antérieures, en commençant par les plus anciennes.
Ce dernier point est une sécurité, pas une contrainte : commencer par les plus anciennes évite de laisser expirer un stock qu’on aurait pu utiliser. Le calcul s’applique sur le gain net, dont le mode de détermination est décrit dans le calcul des plus-values sur titres.
Une conséquence pratique mérite d’être notée. L’imputation est obligatoire et intégrale : vous ne choisissez pas d’en garder une partie pour l’année suivante parce que votre taux marginal y sera plus élevé. Dès qu’une plus-value existe, la moins-value disponible s’y applique.
Un exemple chiffré
Prenons un investisseur qui réalise les opérations suivantes sur son compte-titres.
| Année | Plus-values | Moins-values | Imputation | Stock reportable en fin d’année |
|---|---|---|---|---|
| 2024 | 2 000 € | 9 000 € | 2 000 € | 7 000 € |
| 2025 | 0 € | 1 500 € | 0 € | 8 500 € |
| 2026 | 6 000 € | 0 € | 6 000 € (dont 6 000 € de 2024) | 2 500 € |
En 2024, la perte absorbe la totalité du gain : l’impôt dû sur les cessions est nul, et 7 000 € partent en report. En 2025, aucune plus-value ne se présente, le stock grossit. En 2026, le gain de 6 000 € est intégralement neutralisé par le stock le plus ancien.
Il reste 2 500 € en report fin 2026, composés du reliquat de 2024 — qui expirera fin 2034 — et de la perte de 2025, qui court jusqu’à fin 2035. Le suivi année par année de chaque millésime n’est pas une coquetterie comptable : c’est ce qui détermine quelle fraction expire et quand.
Les cases de la déclaration
Le report n’a aucune existence tant qu’il n’est pas déclaré. Deux réflexes évitent la perte sèche.
Déclarer l’année de la cession, même sans plus-value. C’est le point où le plus de droits se perdent. Un investisseur qui n’a vendu qu’à perte au cours de l’année pense n’avoir rien à déclarer, puisqu’il n’a rien gagné. Il vient en réalité de renoncer à son report.
Reporter le stock d’une année sur l’autre. Le montant des moins-values antérieures encore disponibles se réinscrit chaque année, même lorsqu’il ne s’impute sur rien. Votre intermédiaire financier fournit un imprimé fiscal unique qui récapitule les cessions de l’année, mais il ne connaît pas votre stock antérieur, surtout si vous avez changé de courtier. Ce suivi vous appartient.
Gardez donc un tableau personnel, millésime par millésime. C’est la seule pièce qui vous permettra de justifier un report ancien en cas de demande de l’administration.
Le cas du PEA, qui ne fonctionne pas pareil
Le plan d’épargne en actions obéit à une logique entièrement différente, et l’assimiler à un compte-titres coûte cher.
Tant que le plan reste ouvert, les pertes internes n’ont aucune existence fiscale. Vendre à perte à l’intérieur d’un PEA ne crée aucune moins-value imputable, de la même manière que vendre avec profit ne déclenche aucune imposition. L’enveloppe neutralise les deux.
Une perte ne peut devenir imputable qu’à la clôture du plan, et seulement si la valeur liquidative récupérée est inférieure au total des versements effectués. Les conditions sont précises et dépendent de l’ancienneté du plan. Les arbitrages entre les deux enveloppes sont comparés dans compte-titres ou PEA, et le fonctionnement du plan lui-même dans le PEA, plafond et fiscalité.
Retenez surtout l’asymétrie : un investisseur qui anticipe des pertes n’a aucun intérêt à les loger dans un PEA, où elles ne serviront à rien avant une clôture.
Deux erreurs qui coûtent le report
Confondre prélèvements sociaux et impôt. L’imputation des moins-values joue sur l’assiette commune : elle réduit le gain net soumis à l’impôt comme aux prélèvements sociaux. Il n’y a pas deux calculs séparés, mais le détail de ces prélèvements est traité dans les prélèvements sociaux sur l’épargne.
Oublier le prix de revient réel des titres. Une moins-value se calcule à partir du prix d’acquisition, et celui-ci n’est pas toujours celui qu’on croit — notamment pour des titres reçus par succession ou par donation, dont la valeur retenue est celle du jour de la transmission. Le sujet est traité dans les titres hérités et leur prix de revient. Une erreur sur cette base fausse la moins-value déclarée, donc le report.
Un mot de prudence pour finir : les règles d’imputation et les durées de report sont stables depuis plusieurs années, mais la fiscalité de l’épargne évolue à chaque loi de finances. Vérifiez la notice de l’année en cours avant de remplir votre déclaration, en particulier si votre stock de moins-values approche de sa dixième année.
Questions fréquentes
Une moins-value boursière peut-elle réduire mon impôt sur le revenu ?
Non, pas directement. Une moins-value sur valeurs mobilières ne s'impute que sur des plus-values de même nature, réalisées la même année ou dans les dix années suivantes. Elle ne vient jamais en déduction du salaire, des revenus fonciers ou du revenu global.
Combien de temps une moins-value est-elle reportable ?
Dix ans. Une moins-value réalisée en 2026 peut donc s'imputer sur des plus-values réalisées jusqu'en 2036 inclus. Au-delà, le solde non utilisé est perdu, sans possibilité de prolongation.
Que se passe-t-il si j'oublie de déclarer une moins-value ?
Elle est perdue. Le report n'existe que si la moins-value a été portée sur la déclaration de l'année où la cession a eu lieu. C'est la raison pour laquelle une année sans aucune plus-value se déclare quand même dès lors qu'une cession en perte a été réalisée.
Les moins-values d'un PEA sont-elles reportables comme celles d'un compte-titres ?
Non. Tant que le PEA reste ouvert, les pertes internes n'ont aucune existence fiscale et ne s'imputent sur rien. Une perte ne devient imputable qu'à la clôture du plan, lorsque la valeur liquidative est inférieure aux versements, et à des conditions précises.
Sources et méthode
- Code général des impôts, dispositions relatives aux plus-values de cession de valeurs mobilières des particuliers
- Notice de la déclaration de revenus, rubrique des gains de cession de valeurs mobilières